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Les magiciens de l’encre : 王羲之 (Wang Xizhi, 303 – 361) Première partie

Author of the original text (English): Ponte Ryūrui (品天龍涙)
Traduction française: Olivier Delasalle

« Lui, dont la calligraphie pouvait terrasser 10 000 hommes » : c’est avec ces mots que Liú Xīza (刘熙载, 1813 – 1881), critique d’art et critique littéraire spécialiste de la dynastie Qing (清朝1616 – 1636) décrit la puissance et l’élégance de la calligraphie de Wang Xizhi. Aujourd’hui, Wang Xizhi, (dynastie Jin 晉朝, 265 – 420) est considéré comme l’un des calligraphes les plus aimés de toute l’Histoire, souvent appelé le Sage de la calligraphie (書聖; en chinois : shū shèng)

Pour prendre un parallèle avec l’occident, Wang Xizhi est à la calligraphie chinoise ce que Michel-Ange est à la sculpture ou ce que Shakespeare est à la littérature. Bien qu’aucune de ses œuvres originales n’ait survécu, les chroniques historiques confirment que Xīzhī a créé environ mille chefs-d’œuvre. Les calligraphes étudient les copies de ses œuvres jusqu’à ce jour, prolongeant en cela l’ancienne tradition de l’art de la calligraphie.

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Image 1 Portrait de 王羲之 (Wáng Xīzhī, 303 – 361)

Wáng Xīzhī est né dans une puissante famille de la noblesse chinoise. Son père avait des liens avec la famille royale et les autres membres de sa famille occupaient des postes militaires et exerçaient une grande influence sur la dynastie des Jin de l’ouest. Dans l’histoire de la calligraphie, parmi les cent calligraphes les plus fameux de la dynastie Jin, vingt appartenaient au clan Wáng. Bon nombre de descendants de Xīzhī sont devenus de très grands calligraphes.

Dans sa jeunesse, Xīzhī avait un caractère plutôt décontracté, si bien qu’au départ, peu de gens virent quelque chose d’exceptionnel en lui. L’absence d’une documentation historique précise fait qu’il est difficile de vraiment savoir comment Xīzhī a fait maturer son art, mais certains faits sont cependant connus.

Xīzhī a commencé à étudier la calligraphie à l’âge de sept ans, d’abord avec son père, puis avec sa tante 衛夫人 (Wèi fū ren (Madame Wei), 272 – 349), qui, par la suite, a été désignée comme la meilleure femme calligraphe de l’histoire de Chine. Son style était élégant et puissant, et elle était réputée pour être un professeur strict. Xīzhī a appris les bases du style standard (楷書, かいしょ, kaisho) et du style administratif (隷書, れいしょ, reisho) assez rapidement.

A l’âge de neuf ans, Xīzhī a lu un livre écrit par Madame Wei, intitulé Diagramme de la bataille du pinceau (筆陣圖, en chinois : Bǐ zhèn tú). Trois ans plus tard, il trouva un autre livre sur les techniques du pinceau. Le livre appartenait à son père, qui était réticent à le lui donner, pensant que Xīzhī était encore trop jeune et qu’il ne comprendrait pas correctement. Il finit par lui en autoriser la lecture, après quoi les progrès de Xīzhī furent tels que son professeur, Madame Wei, le suspecta de prendre des leçons avec un autre maître. Ce fut à ce moment-là qu’elle comprit que Xīzhī allait devenir un grand calligraphie.

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Image 2 Fragment de la Préface aux poèmes composés au pavillon des orchidées (蘭亭集序, en chinois: Lántíngjí Xù), attribué à Wáng Xīzhī. Cette œuvre est considérée comme le chef d’œuvre de calligraphie le plus aimé de tous les temps. Plus de cinquante copies de l’original ont survécu. Encre sur papier, style semi-cursif (行書, ぎょうしょ, gyōsho).

On dit que la calligraphie est la “peinture de l’âme” ou “l’imagerie du cœur”, et qu’elle reflète le caractère et la personnalité du calligraphe, son véritable moi. Certains calligraphes furent d’extraordinaires artistes, et pourtant certains évènements firent chuter leur réputation. Ainsi, l’un des grands calligraphes de la dynastie Yuan (明朝, 1368 – 1644) 趙孟頫 (Zhào Mèngfǔ, 1254 – 1322) fut considéré comme un collabo quand, après avoir longtemps refusé un poste de ministre auprès de la dynastie mongole, il finit par accepter.

A l’inverse, en temps que gouverneur de plusieurs préfectures, Xīzhī prouva qu’il était un homme honnête et droit, qui se souciait de son pays et de ses habitants. Il ordonna que l’on ouvre les silos pendant les famines, demanda la baisse des impôts venant de la cour impériale, et se fit une réputation en combattant la corruption chez les fonctionnaires. Son caractère singulier et travailleur, ainsi qu’un talent indiscutable, sont les fondations sur lesquelles il a construit un style personnel qui a été admiré pendant plus de mille six cents ans.

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Image 3. Lettre attribuée à Wáng Xīzhī, intitulée 远宦帖 (chinois: Yuān Huàn tiē) écrit en style cursif (草書, そうしょ, sōsho).

Sa calligraphie était si puissante et irrésistible, que l’empereur Tàizōng de la dynastie Tang (唐太宗, Chinese: Táng Tàizōng, 599 – 649) a mis en scène un vol de la copie originale de la Préface aux poèmes composés au pavillon des orchidées (蘭亭集序, en chinois: Lántíngjí Xù), une calligraphie de style semi-cursif (行書, ぎょうしょ, gyōsho) écrite en 353 de l’ère courante par Wáng Xīzhī. L’empereur Tàizōng était un grand admirateur des œuvres de Xīzhī, et grâce à lui, des centaines de rouleaux originaux furent copiés par les meilleurs calligraphes de la cour impériale. Il introduisit également le style de Wáng Xīzhī parmi les membres de la cour. L’empereur Tàizōng ordonna qu’à sa mort, l’original de Préface aux poèmes composés au pavillon des orchidées soit enterré avec lui. Ce fut la dernière fois que l’on vit ce chef d’œuvre de la calligraphie.

L’empereur Tàizōng n’a pas été le seul souverain à tomber sous le charme du travail de Xīzhī. L’empereur Wu de la dynastie Liang (梁武帝, Chinese: Liáng Wǔ dì, 464 – 549) écrivit que “la calligraphie de Wáng Xīzhī est aussi puissante qu’un dragon sautant à travers la porte des cieux ou qu’un tigre tapis dans la tour du Phénix”.

Les œuvres de Xīzhī furent aussi grandement admirées pendant la dynastie des Song, par des calligraphes aussi fameux que 米黻 (Mǐ Fú, 1051 – 1107). Le travail de Xīzhī l’illumina et lui permit de rompre avec le style rigide de la dynastie des Tang, qui était le style favori à son époque, durant la dynastie Song (宋朝, 960 – 1279).

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Image 4. Forme cursive en un trait du caractère 氣 (き, ki, signifiant air, atmosphère, humeur, esprit, énergie vitale, etc.) attribuée à Wáng Xīzhī.

Les calligraphes de la dynastie Ming (明朝, 1368 – 1644) louèrent la calligraphie de Xīzhī pour son élégance, son style, sa forme et son émotion, mais plus que tout pour sa grâce. Ils firent souvent remarquer que le style de Xīzhī paraissait sans effort mais qu’il était pourtant riche en esprit, et qu’il était charmeur sans être superficiel.

Lorsque j’admire les chefs-d’œuvre de Wáng Xīzhī, je ne vois pas de simples caractères, mais plutôt des esprits en mouvement, vigoureux et parfaitement équilibrés, ingénieuses créations d’un esprit inventif et droit, faisant visuellement la démonstration de toutes les relations aussi complexes qu’harmonieuses qui existent entre eux. Ses œuvres, même si elles ne sont que des copies des originaux, sont tout simplement fascinantes.

Wáng Xīzhī a vécu une vie haute en couleur et son caractère hors du commun est mentionné à travers de nombreuses anecdotes portant des noms tels que “le canapé de l’est” ou “pénétrer dans le bois de trois millimètres”. Son amour des oies a par exemple influencé son style de calligraphie, autre histoire intéressante à raconter. La deuxième partie de cet article présente plusieurs de ces sujets.

Il existe beaucoup de copies des chefs-d’œuvre de Wáng Xīzhī, mais plusieurs sont particulièrement extraordinaires. Des articles spécifiques leurs seront consacrés.

Olivier Delasalle

Olivier F. Delasalle is a writer and calligrapher who began his studies of Japanese calligraphy with Yuko Enomoto, a teacher affiliated with the Kyushu Shodō Association. He is currently studying in Paris with Toshiko Yasumoto. He is a translator of articles into French and an author writing about Shodo events in France. Oribe (織部), his calligraphy pen name means, “ weaver “.

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